Résumés de la troisième rencontre du chantier Métamorphoses des écrans du 28 novembre 2013, organisée par le Laboratoire de résistance sémiotique en visioconférence avec l'Université de Bordeaux 3.
«La projection et l'écran» par Viva Paci
Après être revenue sur l'étymologie du terme écran, Viva Paci s'est penchée sur les représentations de l'écran de projection dans le cinéma des premiers temps. Le Mystère des roches de Kador (1912) de Léonce Perret et Sherlock, Jr. (1924) de Buster Keaton, entre autres, mettent en scène l'écran de projection comme élément narratif. À partir de ces mises-en-abyme, la chercheuse à présenté quelques pistes de recherche relatives à la façon dont le cinéma, se représentant lui-même, a façonné son public.
* Viva Paci est Professeure à l’École des médias de l’UQAM où elle dirige la maîtrise « Cinéma et images en mouvement ». Elle a fait ses études aux universités de Bologna, Montréal et à McGill. Elle a été professeure invitée à Lausanne et à Bologna. Membre régulier du GRAFICS, est aussi directrice adjointe du Centre de recherches intermédiales sur les arts, les lettres et les techniques (CRIalt). Elle est l’auteur de La machine à voir. À propos de cinéma, attraction, exhibition (2012) ; La comédie musicale et la double vie du cinéma (2011) ; et de Il cinema di Chris Marker (2005). Elle a écrit, avec Ronald de Rooy et Beniamino Mirisola, Romanzi di (de)formazione. 1988-2010 (2010). Elle a dirigé, avec André Habib, Chris Marker et l’imprimerie du regard (2008) ; et, avec Michael Cowan et Alanna Thain, le numéro de la revue CiNéMAS sur la représentation de la rue dans les cinémas européens (2010). En 2013, elle a codirigé le colloque international La magie des effets spéciaux. Cinéma, technologie, réception à la Cinémathèque québécoise.
«Close Encounters. Les écrans sont parmi nous» par Sylvano Santini

Lors de sa conférence, Sylvano Santini s'est intéressé à l’imaginaire de la présence de l’écran dans les installations vidéographiques de l’artiste écossais Douglas Gordon, tout particulièrement 24 Hour Psycho (1993), 5 Year Drive-By (1995), Feature Film (1999), Play Dead Real Time (2003) et Zidane. A Twenty-First-Century Portrait (2005, en collaboration avec Philippe Parreno) ainsi qu'au récit de Don DeLillo, Point Omega (2010), qui relate la rencontre du personnage avec l’écran de 24 Hour Psycho au MoMA en 2005. Comment réfléchir à l'écran sans les images? Comment penser le mode d'expressivité de l'écran ainsi que sa phénoménalité? En partant des installations de Gordon qui, par des jeux d'écrans, affectent les spectateurs, Sylvano Santini a questionné les valeurs que l'on attribue aux écrans. Intelligence, profondeur, intentionnalité, corporéité et présence étrangère sont autant d'adjectifs qualifiant cet objet. «Êtres non identifiés ou inquiétantes étrangetés, les écrans de Gordon produisent un effet de présence que seul un énoncé tiré du vocabulaire de la science-fiction arrive à exprimer adéquatement : les écrans sont parmi nous. C’est pourquoi d’ailleurs ils nous donnent rendez-vous dans le désert », nous dit-il.
* Sylvano Santini est professeur au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Il y enseigne la théorie littéraire, la sémiologie du texte et de l’image et les avant-gardes. Il a une affection particulière pour l’inclassable French theory, pour la sémiologie tardive et la performativité cinématographique de la littérature. Il est membre du comité de rédaction de la revue Spirale et responsable de l’émission « Mondes Contemporains » de Radio-Spirale, radio web pour laquelle il réalise également des documentaires audio. Il prépare présentement une première performance collective en suivant la mode du « reenactement » qu’il présentera en mars prochain à Montréal et dont le titre provisoire est La nuit recomposée.
«Imaginer le devenir des écrans : l'interface cérébrale de Black Mirror» par Emmanuelle Caccamo
Au delà de constituer des objets usuels de notre quotidien, les écrans sont aussi investis d’un imaginaire fantasmatique. C’est en parallèle de leurs développements techniques, notamment de leurs métamorphoses physiques, que la science-fiction imagine le devenir des écrans. L’interface cérébrale constitue l’une des figures marquantes de cet imaginaire. Pour en parler, je me suis intéressée au troisième épisode de la série d’anthologie Black mirror (2011) intitulé « The Entire History of You ». L'épisode formule une question d'ordre éthique : quelles seraient les conséquences de posséder une interface cérébrale spécialisée dans l’archivage du vécu? De la «débauche imageante» (E. Morin) à la «dissémination panoptique» (J. Birman) en passant par la rumination numérique, j'ai tenté de pointer les enjeux d'une telle technologie sur la mémoire, les images mentales et les corps individuels et sociaux.
* Emmanuelle Caccamo est doctorante en sémiologie à l'Université du Québec à Montréal.
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