Citation de «L'origine de l'oeuvre d'art», la deuxième version de composée de trois conférences prononcées au Freier Deutscher Hochstift de Francfort les 17 et 24 novembre et le 4 décembre 1936, disponible dans les Holzwege (Chemins qui ne mènent nulle part, Gallimard, 1980), traduit ainsi par W. Brokmeier (traduction revue et corrigée par J. Beaufret, F. Fédier et F. Vezin), à la page 21:
La pensée romaine reprend les mots grecs, sans l'expérience originale correspondant à ce qu'ils disent, sans la parole grecque. C'est avec cette traduction que s'ouvre, sous la pensée occidentale, le vide qui la prive désormais de tout fondement.
L'absence de fondement (Bodenlosigkeit) causé par la traduction est-elle l'origine du nihilisme en Occident ou l'événement fondateur de notre histoire (F. Fédier)? Pascal David, dans son dossier accompagnant le petit ouvrage En guise de contribution à la grammaire et à l'étymologie du mot «être» de Heidegger, cite la nouvelle traduction italienne (par Gino Zaccharia et Ivo De Gennaro, 2000) de la dernière phrase:
La spaesatezza del pensiero esperide inizia esattamente con questo <modo del> tradurre.
Pascal David (re)traduit et commente ainsi (p. 96):
«Le dépaysement de la pensée hespérique commence prcisément avec une telle traduction <ainsi comprise>.» On notera, d'une part, la traduction [de Bodenlosigkeit] par «dépaysement» (dé-paysement, s-paesatezza), d'autre part, la possibilité suggérée par cette traduction d'une autre manière de traduire, laquelle, par-delà les termes grecs, serait à l'écoute de la parole grecque.
