Simon Levesque est doctorant en sémiologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Ses recherches portent sur les implications logiques et rhétoriques des objets fictionnels, les théories du jeu et l’éthique de la fiction. Il s'intéresse aussi de près à la biosémiotique et à l'écologie. Le présent carnet lui sert de dépotoir, mais prend la forme d'une collection curieusement érudite. Toute distraction intellectuelle pourra être ici consignée afin de déblayer le chemin vers l'accomplissement de la thèse.
Philosophie du carnet de recherche : la conjuration
Il s'en trouvera certainement certains qu'agaçera l'emploi ci-haut du mot « dépotoir », jugé méprisant ou déplacé dans un contexte de recherche scientifique. Cependant il est à comprendre au sens où le dépotoir est cet endroit où l'on souhaite voir se retrouver les objets dont on veut se débarrasser. Pour éclairer les raisons d'un tel rapprochement entre mon carnet de recherche et ce lieu très largement honni par la bonne société, je me permets de citer Giorgio Agamben dans Archéologie de la philosophie:
Le mot français « conjurer » unit en lui deux sens opposés : « évoquer » et « mettre à l'écart, expulser ». Mais peut-être les deux sens ne sont-ils pas opposés, puisque pour conjurer quelque chose – un spectre, un démon, un danger – il faut d'abord l'évoquer((G. AGAMBEN, Signatura rerum. Sur la méthode, Paris, Vrin, 2008, p. 96.)).
La recherche habite, hante, est – d'après l'expérience – essentiellement d'ordre spéculative et, en ce sens, procède d'un important exercice d'imagination. Un double mouvement de perception ontologique de soi s'opère à travers la recherche : d'une part, la réalisation d'un projet d'envergure qui trouve sa finalité dans la mise au monde d'une pensée qui devra souffrir l'autorité d'autrui et, de l'autre et simultanément, l'effacement de soi, de son être, au seul profit de ce projet, le temps qu'il aboutisse. Le danger est évidemment de ne plus vivre que par procuration, de s'irréaliser. C'est ce que j'appelle le devenir fantôme, et ce devenir, en tant que désir et action, présente les attrayants attributs de toute activité addictive proposant aux sens un état second et, ainsi, s'y adonnant, cela peut offrir une réelle euphorie, un déphasage irisant. Foucault, dans un contexte différent du mien, paraît corroborer ce qui, pour moi, décrit au plus près l'état de soi qu'implique la recherche, c'est-à-dire le devenir fantôme :
Imaginer Pierre après un an d’absence, ce n’est pas me l’annoncer sur le monde de l’irréalité […] c’est d’abord m’irréaliser moi-même, m’absenter de ce monde où il ne m’est plus possible de rencontrer Pierre. Ce qui ne veut pas dire que je « m’évade vers un autre monde », ni même que je me promène dans les marges possibles du monde réel. Mais je remonte les chemins du monde de ma présence ; alors se brouillent les lignes de cette nécessité dont Pierre est exclu, et ma présence, comme présence à ce monde-ci, s’efface((M. FOUCAULT, Dits et écrits I, Paris, Gallimard, 1994, p. 139.)).
Essentiellement, il s'agit seulement de ne pas disparaître complètement (même si cela ne paraît que fantastiquement – ou fantasmatiquement – possible), d'où la nécessité de conjurer. Conjurer les objets de recherche, conjurer le sort malheureux de l'enfermement dans la seule pensée obsessionnelle de l'activité abstraite que représente l'exercice de la thèse. Partager un peu de ses obsessions fantômatiques, fantômatisantes, c'est déjà les rendre à l'autre, leur donner la signature de l'altérité.
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